ITW#9 Elsa fondatrice d’AVLESSI

 

 

 

 

Bonjour peux-tu te présenter, raconter l’idée original en dessous de la marque Avlessi ?

 

Je m’appelle Elsa, j’ai 33 ans. J’ai un parcours plutôt dans la vente, j’ai en ai fait 12 ans, dans des enseignes comme Citadium, j’ai fait huit ans chez Adidas. Je me suis dit que j’avais envie de passer de l’autre côté, de gérer moi-même ma petite affaire. Avant ça je me suis testée sur des postes plus administratifs et je me suis rendu compte que c’était toujours pas ma voie. J’ai toujours aimé quand je partais au Bénin me faire des petites tenus, voir comment apprivoiser le Wax car c’est une matière qui est très compliqué à utiliser malgré que ce soit du coton. C’est assez compliqué à porter, à assembler et le mélange d’imprimés est aussi très compliqué donc je me suis dit pourquoi ne pas créer ma propre ligne. Pour me rassurer j’ai fait une formation courte et à la suite de ça je me suis lancée. J'ai commencé directement à la fin de ma formation au mois de juin et au mois d’octobre j’ai fait mon premier défilé dans un appartement parisien dans le neuvième. J’ai tout pensé d’ A à Z que ça soit la scénographie, le décor, la musique. Sachant que la  musique ce n’est pas quelque chose dans lequel j’excelle, je connais pas trop d’artiste mais j’ai fait en sorte de bien m’entourer. Je me suis entouré de personnes qui étaient bienveillantes, que je ne remercierais jamais assez, ils m’ont vraiment portée à bout de bras, surtout le jour du défilé, mais ça a été une expérience extraordinaire. Je ne me suis jamais dit qu’au bout de 4 mois de travail j’aurais pu faire un tel événement.

Par la suite j’ai commencé à pousser quelques portes à m’intéresser à la vie social là bas. Au tout début je m’étais dit je vais faire mon atelier de couture et je vais leurs donner les moyens d’accéder à des machines qu’ils n’utilisent pas. Pouvoir montrer qu’ils ont les capacités, la technique mais ils leurs manquent vraiment les machines et la prise de conscience sur les finitions. Là-dessus on a vraiment travaillé, ça a été très dur pour eux mais aussi très gratifiant, dans le sens où ils se sont vraiment sentis valorisés. J’ai un chef d’atelier et entre trois et quatre couturiers et couturières, j’ai fait en sorte de les écouter et prendre leurs conseils sur certaines pièces. Quand j’ai commencé à m’apprivoiser les lieux et de voir qu’il y avait plein d’autre choses à faire. Il y a un orphelinat proche de la maison familial où j’ai mon atelier et j’avais envie de leurs donner aussi accès aux techniques pour qu’ils puissent dans l’avenir s'autogérer, réparer les vêtements qu’ils récupèrent ou encore faire leurs propres habits. Mes parents sont à la retraite donc ils ont vraiment le temps de partager leurs savoir, c’est quelque chose qui est super important. Pour le coût Avlessi ce n’est pas qu’une marque, c’est un projet tout entier avec plein de petite chose dedans très différente. C’est ce qui me caractérise, je suis un mélange de plusieurs petites choses, même vestimentairement parlant j’aime bien être un caméléon, ma garde de robe est très éclectique, ça va aller du gros jogging très large aux escarpins très féminin et c’est ce qui me plait.


 

Tu as des origines béninoise, mais pourquoi le Wax et pas un autre tissus ?

J’utilise le Wax pour le  démocratiser, ne plus entendre des réflexions tels que «  ça fait blédard », «c’est informe ». J’ai vécu dans le 91, dans une ville avec peu d’immigrés et à force d’entendre les personnes dirent que les boubous s'étaient informes que ça fait blédard et que l’on ne s’intègre pas avec, j’avais envie d’utiliser ces matières et ces tissus pour montrer que tout le monde peut en porter. Je ne vois pas pourquoi on pourrait mettre des imprimés et pas du Wax, donc c’est vraiment pour pouvoir démocratiser ce tissu ! Il y a certaines personnes qui ne sont pas au courant que de toutes façons le Wax ce n’est pas Africain mais Hollandais. Il y a une image fausse qui a été attribué au Wax, et ce qui fait que certaines personnes se disent «  moi je suis blanche je ne mettrais pas de Wax » . J’adore aussi le mélange de couleurs et de formes et cette possibilité infini de trouver des coloris et modèles différents, je trouvais ça logique et normal de les intégrer dans mes créations.

 

 

Pourquoi as-tu mis en place le sur-mesure, qu’elle était l’envie derrière cette idée ?

Le wax est une matière très dure à porter et on peut aussi ne pas savoir comment l'assortir avec sa garde-robe. En dehors du sur mesure en lui-même c’est un accompagnement, quand je fais mes rendez-vous je donne la possibilité à mes clients de faire avec eux un tri de leurs garde-robes. Voir avec eux les pièces qui pourraient aller le mieux avec mes créations. Le Wax est une matière qui s’intègre facilement avec le reste de sa garde-robe. Il y a aussi cette envie de faire pour tout le monde, j’ai arrêté de m’habiller chez les grands distributeurs parce que justement il y a des problèmes de coupe et de taille. Tout le monde est différent, on a envie de cacher certaines parties, accentuer d’autres car on connaît sa morphologie. Les pièces que j’ai comme le pantalon, qui a nécessité beaucoup de travail surtout pour les courbes et ça me tenait à coeur de faire du sur-mesure dans ce sens là. Trouver le vêtement qui correspond vraiment à la personne qui va me demander des pièces.

 

Comment s’organise l’expansion de ta marque , les moyens misent en oeuvre pour y arrivé ?

Là se trouve le gros du travail! En ce moment j’ai Justine qui est avec moi et qui m’aide énormément là-dessus. Démarcher des gens un peu comme les interviews ne sont pas des sports qui me plaisent mais il faut le faire. La première expo-vente que j’ai faite était à La Rotonde avec Ethipop et c'était la première fois que je montrais un peu mon bébé a tout le monde. J’ai eu deux retours du genre «  le wax ne me va pas », ce n’est pas quelque chose de négatif. C’est normal il y a des gens qui aiment et d’autres non. Je n’ai pas vocation non plus à obliger tout le monde à mettre du wax. Après ce salon j’en ai fait quatre autres, pour l’instant je n’ai pas eu à démarcher ce sont plutôt des personnes qui m’ont démarché sur les réseaux sociaux. Par la suite j’aimerais trouver un moyen de commercialiser en dépôt-vente et boutique fixe mes créations car je suis aussi sur d’autres projets de production donc si je peux déléguer cette partie à une boutique, ce serait plus pratique. Après je continue à avoir des salons, le site internet d’Avlessi et Etsy qui a une bonne visibilité.  

 

Que pouvez vous ressortir de cette expérience dans la création et la gestion d’une nouvelle marque ?

On ne dort pas beaucoup ! Mais en même temps quand on se réveille pour faire ce qu’on aime c’est l’essentiel. Il y a des stress que je me suis mise et que je me mets encore que je ne devrais pas mais en dehors de ça c’est une super expérience. J’encourage toutes les personnes que je connais qui veulent se lancer parce que c’est une expérience magique, c’est pousser c’est limite. On se dit qu’on est au max mais on a toujours des ressources derrière qui nous poussent à continuer, c’est une expérience qui commence et qui n’est pas prête d’être fini.



Aurais-tu des conseils à donner à ceux qui veulent se lancer dans une marque ?

Le plus gros conseil est de s’écouter notamment son corps. Se lancer c’est dur mais dans tous les cas il y a des personnes qui le font, avec plus ou moins de facilité, mais tout le monde peut le faire. Il faut aussi écouter les conseils qu’on nous donne. Au début quand j’ai lancé mon projet, je l’ai fait sans trop écouter ce que l’on me disait, mais c’est important de prendre du recul, ne pas rester la tête dans le guidon, d’avoir une vue d’ensemble. S’entourer est aussi important, mes débuts étaient difficiles parce que je me suis dit que je pouvais y arriver toute seule. Je suis une warrior, je me lance dans le projet j’y vais à fond. Mais il faut avoir du soutien, des personnes qui suivent derrière et ne pas se focaliser au premier échec. Honnêtement  au dernier salon que j’ai fait j’avais de gros doutes, il ne faut pas s’arrêter à ça mais continuer à y aller et se dire qu’il y a des personnes qui aiment. Ces moments de doute où l’on se dit «  ce n’est peut-être pas ma voie » mais il se trouve qu’il va peut-être avoir une cliente sortie de nulle part qui va adorer et adhérer vraiment à ce que je fais et on oublie jusqu’au prochain coup dur. Il faut surtout écouter son corps ne pas se laisser manger par le stress et les idées négatives.

 

Qu’elle sont tes idées pour le développement de ta prochaine collection ?

Si tout va bien la prochaine collection sera différente, pas trop dans la forme mais dans le fond. Je peux pas trop en parler pour l’instant, c’est totalement par superstition je l’avoue. La collection sera toujours homme, femme, enfant et si tout va bien de la layette. C’est vraiment quelque chose qui me tient à coeur. J’adorerais en faire avec des empiècements de wax mais pour cela ce sont des techniques bien particulières, les pressions bien accrochées, de très bonne qualité et surtout que les allergènes soient ok dessus. C’est vraiment un travail à part entière que je veux faire du début à la fin et ça risque de prendre un peu de temps pour la prochaine collection mais j’ai hâte de la présenter.


 

Une actualité à partager ?  

Alors je suis sur un projet à l’étranger, je serais un peu en vadrouille et je partirais avec mes collections sous le bras pour essayer de les proposer à Montréal, à San Francisco et à New York. J’y vais en mode voyage et travail, j’ai envie de voir ce que ça peut donner, comme c’est accueillie là bas. Ce n’est pas du tout la même clientèle, les attentes ne sont pas les mêmes. Je vais voir comment mes créations sont accueillies là bas. Pour New York c’est  une vente privée.   

 

Un mot de la fin ?

Oser et se dépasser,  sont des termes que je garde en tête. Les personnes qui me connaissent ne se seraient jamais dits que je ferais ce genre de chose. Quand j'étais plus jeune j’étais assez timide, parler ou même faire rentrer les gens dans mon univers ne sont pas des choses dont je suis habitué. Mais je pense que quand on a envie de faire quelque chose il faut oser et quand on le fait il faut se dépasser.

http://www.avlessi.com/